tÊte-À-TÊte
Gérald Tremblay
L'Armure de toile
Par Gérard Therrien
Huit heures, sous un soleil timide, le citadin file vers son travail. Étrangement, de rares voitures circulent rue Notre-Dame. Des gens égaient d’un massif de fleurs la devanture de l’édifice datant de 1872. Si l’extérieur du bâtiment est magnifique, c’est quand on y entre qu’on en saisit toute la substance : l’atmosphère s’impose et semble vouloir nous transporter dans un temps passé.
N’importe où se pose le regard, il est impossible de ne pas songer à tous ceux qui au cours des ans ont façonné l’histoire de Montréal. L’horloge plus que centenaire me confirme qu’il ne me reste plus que quelques secondes avant ma rencontre. Je suis à l’hôtel de ville, j’ai rendez-vous avec Gérald Tremblay, le maire de la grande Cité.
Je fais antichambre un bref instant, nul bruit, tout est si… Voilà, on m’appelle. Je ne sais trop par quel bout commencer, ce maire a l’air tellement sérieux, comme pris en otage par ses habits qu’il porte avec classicisme, un pantalon qui n’a jamais connu un faux pli. Je le connais si peu en fait, je ne lui ai parlé qu’une fois, un bref instant, c’était lors d’un coquetel; mis à part ce que j’ai glané sur Internet ou ce que m’ont appris les médias au cours des ans, je ne sais pas grand-chose de lui, l’entrevue sera intéressante.
Il me salue d’un air détendu et pourtant, je ne l’apprendrai qu’au cours des prochaines heures, c’est dans moins de 90 minutes qu’en conférence de presse, il dénoncera un manque à gagner de 400 millions pour la ville. Rien n’y parait, l’homme sourit, me met à l’aise, s’ouvre et se raconte un peu.
ALBUM DE FAMILLE
Il me raconte son père, Georges-Albert, notaire criminologue; sa mère, Rolande, aujourd’hui âgée de 95 ans, et qui souffre de la maladie d’Alzheimer ; il est né à Ottawa le 20 septembre 1942. À l’âge de quatre ans, il arrive à Notre-Dame-de-Grâce. Il y vivra plus de 25 ans. Au cours de cette période, il n’habitera que deux endroits : le 4079, boulevard Décarie et le 4234, rue Marcil. Il quittera ensuite N-D-G et viendra habiter le 3450 de la rue Jeanne-D’Arc, dans l’est de Montréal.
Puis il me nomme ses trois frères : Michel, Marcel, François. Il est le deuxième enfant. Sa mère a connu trois fausses couches. « Nous aurions été sept frères ! » Des sœurs, il n’en a pas. « Mes deux cousines France et Luce ont été mes sœurs, nous avons toujours été très proches. »
C’est à N-D-G qu’il rencontre Suzanne Tailleur. Elle habitait au 3476, rue Wilson. Ils se sont connus vers l’âge de quinze ans : « Je transportais ses patins », s’empresse-t-il de dire. Un peu plus loin, il me confiera : « Vous savez, en politique, on a besoin d’équilibre. Sans Suzanne, je ne serais pas ce que je suis. » À ces propos, on comprend que l’homme est toujours aussi amoureux de son épouse qu’au premier jour. Ils se sont mariés le 24 novembre 1979. Le couple a eu deux enfants, des jumeaux : Marie-Laurence, bachelière en design, et Georges-Étienne, qui œuvre aux fourneaux aux côtés du chef et propriétaire du restaurant « La chronique » rue Laurier, Marc DeCank. Les jumeaux ont maintenant 23 ans.
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