Avec octobre arrive la dernière courbe de la campagne électorale, avant la ligne droite pour relancer d’urgence le développement de Montréal. Car presque tous s’entendent sur le déclin de Montréal, depuis longtemps, et le besoin d’un virage majeur, pour redonner la fierté aux Montréalais et remettre la métropole sur la carte mondiale.
Pour y arriver cependant, il faut un(e) leader à la mairie et la mobilisation des forces vives de tous les quartiers. Sans oublier la participation au scrutin du 1er novembre, car aux dernières élections, les DEUX TIERS des Montréalais N’ONT PAS VOTÉ.
C’est ainsi qu’on peut faire un bilan partiel de la campagne électorale, avec quatre bons candidats, et résumer les débats de quatre personnalités au cours d’un important colloque, il y a quelques jours, à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), auquel presque aucun autre média n’a pourtant assisté.
Depuis 25 ans, la population de Laval et de la Rive-Sud a doublé, ou presque, contrairement à celle de Montréal qui, non seulement stagnait, mais chutait de 180 000 personnes, souligne d’emblée le président et chef de la direction de la CCMM, Michel Leblanc, au colloque sur
« Jean Drapeau et ses leçons pour les
leaders de demain ». Ce colloque, 10 ans après la mort de Jean Drapeau, s’inspire de la biographie « Le maire qui rêvait sa ville », de Benoit Gignac, que vient de publier les Éditions La Presse. Ce colloque dresse le portrait robot du futur maire souhaité, à un mois des élections.
Montréal accuse la perte de 23 000 citoyens par année, soit 10 000 familles qui deviennent ainsi dépendantes du pétrole en banlieue, déplore le candidat à la mairie Richard Bergeron, chef de
Projet Montréal. Son score aux sondages a grimpé de 14 % à 20 % en deux semaines. « Ce n’est pas ainsi qu’on crée de la richesse. Pourtant, je suis le seul des candidats à en parler, c’est incroyable. Ça fait 30 ans que Montréal est au neutre. Tout un retard à rattraper », dit-il.
« Montréal n’a plus du tout le même poids démographique et économique que sous Jean Drapeau », enchaîne Michel Leblanc.
C’est pourquoi la chef de Vision Montréal, Louise Harel, veut « redémarrer Montréal » et que la candidate Louise O’Sullivan propose de relancer le développement économique de Montréal et le démarchage des investisseurs, pour créer de la richesse.
Sous Jean Drapeau « à la main de fer, Montréal connaît une incroyable période de développement » : Place Ville-Marie, Place des arts, métro, Expo 67, Jeux olympiques 76. Bref, des projets grandioses, mais à coup d’emprunts colossaux, rappelle Benoit Gignac.
« Jean Drapeau a empêché la provincialisation de Montréal », écrit Paul-André Comeau dans Le Devoir. « La voix de la métropole ne raisonne cependant plus aussi fort au gouvernement. Et c’est dur de concrétiser des projets à Montréal. Là, la cité est en perdition », craint Benoit Gignac.
Après deux mandats, des décisions de Gérald Tremblay soulèvent des critiques, c’est normal, mais la grogne augmente cette année et le maire sortant doit prendre le taureau par les cornes. Il propose d’accorder la priorité aux services aux citoyens, d’améliorer la qualité de vie (15 000 logements en quatre ans, soutien à la rénovation résidentielle, amélioration des parcs), d’accentuer le développement économique, le savoir et la culture, et de miser sur le transport en commun (prolongement du métro, navette ferroviaire avec l’aéroport, achat de 200 autobus articulés d’ici 2011) et l’environnement.
On n’est plus à la même époque que Jean Drapeau, « un bon maire, mais un leader autocrate, avec du caractère », note Gilbert Rozon, président du conseil et chef de la direction du Groupe Juste pour rire. « Trop souvent aujourd’hui, on gère par sondages ».
Monique Jérôme-Forget, l’ex-ministre des Finances du Québec devenue conseillière spéciale du cabinet Osler Hoskin & Harcourt à Montréal, « ne veut pas d’un autre stade olympique de un milliard qui coûterait trois milliards aujourd’hui ». Elle recommande le livre de Benoit Gignac, très instructif. Ainsi, l’auteur lui apprend que « la Tour Eiffel a failli déménager de Paris à Montréal pour l’Expo 67 », un coup fumant tenté par Jean Drapeau.
« La dernière chose dont on a besoin, c’est d’un autre Drapeau », lance l’ex-ministre. « Par contre, Drapeau a de bons coups à son actif, il connaissait sa ville par cœur » : rues, lampadaires à réparer.
Ce qui fait dire à un maire que « les élections municipales se gagnent grâce au bon déneigement et à la collecte efficace des déchets, dans des rues carossables ». Point.
Là, « les citoyens ne veulent pas d’un autocrate, mais d’un maire qui les écoute, les séduit et réussit à les convaincre », selon Michel Leblanc. Bref, « Montréal a besoin d’un maire fort, mais pas d’un Drapeau », résume Alain Dubuc, chroniqueur à La Presse et animateur du colloque.
« Souvent un leader n’est pas un bon gestionnaire », renchérit Phil O’Brien, spécialiste immobilier et fondateur de la société de recherches Devencore. <Par contre, il faut remettre Montréal sur la carte. Par exemple, 2017 serait une occasion incroyable pour Montréal de souligner les 50 ans d’Expo 67 et les 150 ans du Canada>.
<Peu de candidats me font rêver --- malgré leurs empilades de promesses électorales --- comme Jean Drapeau avec sa vision claire de la ville>, avoue Gilbert Rozon.
Malgré tout, Monique Jérôme-Forget trouve les autres panelistes <trop négatifs sur Montréal, une ville vivante et vivable. San Francisco et Baltimore n’offrent pas des spectacles, des restaurants et la sécurité comme Montréal. Tout n’est pas parfait à Montréal, mais la ville a des forces. Montréal manque de sièges sociaux et de gros emplois payants, mais c’est une ville humaine. Boeing a déménagé son siège social à Chicago, pour attirer les cadres. Montréal mise sur la culture, c’est très important pour attirer les professionnels>.
<Pour gagner la bataille des cerveaux, Montréal doit compter sur une vie trépidante (night life), la protection du français et la mobilisation de tous>, estime Gilbert Rozon.
<Il n’y a pas une autre ville au monde avec 50% de population bilingue>, note Phil O’Brien. <Et le port de Montréal bat celui de New York pour le nombre de conteneurs d’Europe en transit>.
Des étudiantes présentes au colloque déplorent que Montréal ne mise pas davantage sur la conservation de l’énergie, le respect de l’environnement, l’utilisation du transport en commun, pour attirer les jeunes du monde. Des candidats ne devraient pas être parachutés d’ailleurs, sans connaître Montréal. Il ne faudrait pas abandonner la gestion de la ville au privé. Il faut fermer le cimetière de projets non concrétisés, suggèrent ces étudiantes. Un autre jeune se demande par contre si Montréal a besoin aujourd’hui d’un candidat qui connaît la ville ou d’un citoyen du monde, comme Barack Obama.
<Des dizaines de milliers de parents du Canada, des États-Unis et de l’Europe prennent la peine de signer des baux à Montréal pour les études universitaires de leurs jeunes>, réplique Phil O’Brien. <Il faut bâtir une ville pour les jeunes, mais aussi avec eux>, dit-il.
<Mon rêve, c’est une ville verte, mais d’abord prospère>, déclare Michel Leblanc. <Le plan Montréal 2025 compte plein de projets formidables, mais on n’a pas toujours des capitaux à la hauteur de nos ambitions>.
<Trop de jeunes se désintéressent de la politique, pourtant notre épine dorsale. En cette période morose, il faut redonner de l’espoir aux gens. La métropole a avant tout besoin d’un leader qui a choisit Montréal>, croit Gilbert Rozon.
Louise O’Sullivan affirme avoir la passion de Montréal, elle qui gère sa société de recrutement de cadres, y compris à l’étranger. La candidate veut nettoyer Montréal de ses graffitis, comme Sydney en Australie, créer de la richesse, abolir la paperasse qui ralentit les entrepreneurs.
<Une Agence de développement urbain doit servir de guichet unique pour les entrepreneurs, une Cité des transports durables doit s’établir dans l’Est de Montréal>, ajoute Richard Bergeron, qui veut vite enclencher la remise à niveau de Montréal.
Louise Harel promet 200 000$ afin que les étudiants puissent utiliser le transport en commun sans frais, mais l’équipe de Gérald Tremblay réplique qu’elle travaille sur ce projet depuis un an déjà. Légèrement en tête dans les sondages, Louise Harel veut aussi ajouter 200 millions à la réfection des rues.
Richard Bergeron craint que les étudiants ne votent pas, encore, parce que Gérald Tremblay ne leur a donné que trois jours pour se réinscrire sur la liste électorale. La participation au scrutin ne dépassera pas 35%, craint-il, comme la dernière fois.







