| Luis
Miranda, 48 ans. Président de l'arrondissement
d'Anjou.
Conseiller
municipal, chef de la majorité, maire,
aujourd'hui : président.
Le
choix du président
Par Gérard Therrien
La
nuit est calme, on n'entend que la stridulation
d'un criquet et le frémissement des
feuilles qu'une brise caresse vigoureusement.
À la caserne, l'homme dort paisiblement,
d'un repos bien mérité. Il
est de service pour les trois prochains
jours ; après reviendront les quelques
journées de congé. Il a laissé
à la maison femme et enfants pour
s'enfermer en compagnie de ses collègues
à la caserne 14 du Plateau Mont-Royal
; il veille sur une partie de Montréal.
En cet instant, il rêve à la
mer...
Quand j'ai pénétré
dans son antre à l'hôtel d'arrondissement
d'Anjou et que je l'ai aperçu assis
à son bureau avec les traits tirés,
l'air las et terriblement fatigué,
je me suis demandé s'il était
malade, je n'ai pas eu à me questionner
longtemps. C'est lui qui en me questionnant
m'a fourni l'explication de cette lassitude
sur son visage : «Peut-on faire
cela en une demi-heure ?» moi qui
avais prévu au minimum entre 60 et
90 minutes. «Je dois me rendre chez
mon chiropraticien, j'ai le dos barré,
c'est l'affaire d'une petite demi-heure
!» me jeta-t-il tout de go. L'entrevue
s'est finalement déroulée
en deux étapes : l'avant et l'après
chiropraticien, mais rien n'a paru sinon
que son visage a repris un air serein.
Origine
C'est le trois juillet de l'année
mille neuf cent cinquante-quatre que Maria,
femme de Duarte Miranda, donnait naissance
à son second fils, Luis. On est aux
Açores, archipel du Portugal composé
de neuf îles volcaniques dans l'océan
Atlantique. L'une d'entre elles, Sao Miguel,
la plus grande, la Verte comme on l'appelle
à cause de sa végétation
tropicale et celle des pays froids qui se
mêlent; elle ne compte pas plus de
140 000 habitants, elle a un peu l'allure
de l'île de Montréal par sa
forme et sa superficie. C'est là
que Luis fait ses premiers pas. Il quittera
son île huit ans plus tard «Depuis
l'âge adulte j'y retourne à
tous les ans, une grande partie de ma famille
s'y trouve encore.» affirme-t-il.
Quel genre d'enfant était-il, lui
reconnu pour défendre vigoureusement
ses idées ? «J'étais
un enfant comme les autres, rien de plus,
rien de moins. Je n'étais pas parmi
les premiers de classe. J'ai eu une belle
jeunesse. L'intello de la famille c'était
Duarte, mon frère, aujourd'hui vice-président
à la Banque Royale ,» de
dire le président de l'arrondissement
Anjou tout en se massant des deux mains
le bas du dos. Il n'ose bouger dans son
fauteuil, chaque mouvement se résume
par une contorsion de douleur sur son visage.
Son père, alors fonctionnaire, avait
la charge d'une centrale électrique
mais décide tout de même de
tenter sa chance en Amérique, «...
Comme beaucoup d'immigrants je suis arrivé
à Montréal à l'âge
de huit ans, c'était au cours des
années soixante. L'Amérique
était la terre de l'avenir où
tous les rêves étaient possibles.
Mon père qui aimait l'aventure avait
décidé de venir s'y installer
avec sa famille.»
Arrivé à Montréal
...une stridente sonnerie déchire
le calme de la nuit. Le souffle court, il
s'assied sur son lit, la lumière
traverse ses paupières, l'aveugle,
son cur bat à tout rompre.
Quelques secondes lui sont nécessaires
pour réaliser que c'est l'alerte
que l'on donne : il y a le feu qui fait
ravage quelque part.
Arrivé à Montréal,
c'est au cur du centre- sud, sur la
rue Beaudry, que la petite famille portugaise
s'installe. «On y est restés
deux ans. Ensuite, on a déménagé
sur la rue Papineau, angle Sherbrooke, on
y est demeurés encore un an ou deux.
Puis, il y a eu Outremont, où j'ai
vécu pendant quatre ans. Après
on est revenus dans l'Est, sur Langelier
coin Sherbrooke, où j'ai habité
jusqu'à l'âge de vingt-et-un
ans. Finalement, j'ai déménagé
à Anjou à cause d'un ami et
je n'en suis plus jamais reparti.»
«Quand nous sommes arrivés
à Montréal, mon père
a refusé de s'installer avec la communauté
portugaise, il a préféré
l'intégration. J'ai fait mes études
en anglais, ma langue de pensée était
l'anglais. Dans ces années-là,
les commissions scolaires anglaises étaient
beaucoup plus accueillantes pour l'immigrant.
J'ai appris le français dans la rue
avec les copains. Aujourd'hui, j'ai beaucoup
perdu de mon anglais, je ne le pratique
plus. Par contre, si j'ai à lire
un manuel d'instruction, c'est en anglais
que je préfère le faire.»
Aujourd'hui, Luis Miranda habite un duplex
dans l'arrondissement Anjou où Maria
et Duarte, ses parents, logent à
l'étage supérieur. «Je
suis un gars de famille. Mes deux enfants,
Éric, 24 ans et Mélanie, 20
ans, vivent encore avec moi, bien que ma
fille fasse deux semaines avec moi et deux
semaines chez sa mère.»
Deux métiers
Vêtu en moins de deux minutes,
il s'élance vers la tige métallique
et glisse jusqu'en bas. Déjà
plusieurs de ses collègues sont là
et se hâtent d'attraper le reste de
leur équipement. Dans un grincement,
les immenses portes s'ouvrent dégageant
du coup le passage au gros camion rouge,
lequel rutile de mille feux sous l'éclatante
lumière. Chaque homme a pris sa position,
lui, se tient à l'arrière
sur le marchepieds; s'agrippant d'une main
à la barre de sécurité,
il enfile l'autre manche de son lourd imper
jaune pendant que le long véhicule
brinquebalant s'anime d'un mouvement oscillatoire
au son de sa sirène qui perce la
nuit. Le camion s'engage sur la rue, tourne
à gauche puis disparaît. Le
silence retrouve son territoire à
nouveau, la caserne retourne à son
calme habituel, elle a donné, ses
hommes participent à la mêlée.
Actif, il ne peut que difficilement rester
à ne rien faire, «Mon premier
emploi : je pense que je devais avoir douze
ou treize ans, je livrais les commandes
à la pharmacie d'Outremont après
l'école.» Il aurait pu être
tenté par une carrière de
pilote de ligne. «Encore aujourd'hui,
quand je suis à Dorval, je ne peux
m'empêcher de regarder ces gros engins...ils
me fascinent. Oui, j'aurais pu être
pilote.»
Quand on est jeune, pompier, médecin,
pilote d'avion, tout nous fascine. Lui,
à sa sortie de l'école, il
devient sapeur pompier, ici à Montréal.
«Tu sais, dans ce temps-là,
tu faisais ta demande d'emploi à
la ville de Montréal si tu voulais
devenir policier ou pompier. J'ai demandé
à devenir pompier. Pourquoi ? Honnêtement,
je ne le sais pas. Mais je peux te dire
qu'il y avait pour moi une bonne étoile,
parce que j'ai toujours aimé faire
ce métier-là.»
Il a fait ce métier pendant vingt-cinq
ans. Il a tout vu. «Je suis devenu
pompier au temps où ça brûlait,
comme on dit dans le jargon du métier.
J'étais sur le Plateau, au poste
14, on disait que c'était la caserne
où le camion avait le plus d'heures
au feu à Montréal. J'ai vu
en un an ce qu'un pompier d'Anjou, par exemple,
verra dans toute sa carrière.»
Métier périlleux, il m'a
affirmé avoir eu à faire son
signe de croix en plus d'une occasion :
«Écoute, ce sont là
des choses auxquelles tu préfères
ne plus penser.» C'est un métier
dangereux, très exigeant. En vieillissant,
lui ai-je demandé, tu ne voulais
pas sortir de là ? «J'ai
toujours aimé mon métier,
même aujourd'hui, je vois un camion
de pompier circuler sur la rue et j'aime
encore cela, je regrette de ne plus être
là.» Encore une fois, c'est
la vie qui a choisi pour lui.
La politique
L'homme frissonne, est-ce la fraîcheur
de la nuit ou l'anxiété face
à ce qui l'attend qui lui procure
cette chair de poule qui glisse sur tout
son corps, seul lui pourrait y répondre,
mais ses pensées sont accaparées
par les dangers qu'il devra affronter au
cours des prochaines heures.
Neuf minutes trente-cinq secondes se
sont écoulées depuis qu'il
a été réveillé
en sursaut. Le camion ralentit. Depuis déjà
trente secondes, il perçoit l'odeur
de la fumée, il sait qu'il se rapproche
de l'ennemi. Il l'a senti avant de l'apercevoir.
Le camion tourne à gauche, pénètre
sur la rue Des Récollets et s'immobilise.
Il saute au bas du camion et sans attendre
les ordres il s'active déjà,
il sait ce qu'il doit entreprendre. Il relève
la tête et voit les flammes sortant
d'une fenêtre du troisième
étage lécher le vieux mur
de pierre.
Pourquoi faire de la politique ? Il me
répondra que c'est le fruit du hasard,
qu'un ami lui avait proposé de se
joindre à l'équipe du moment.
«En 1989, c'est Richard Quirion
qui m'avait approché, c'était
en mai, je crois. Tu m'aurais demandé
en avril si un jour je ferais de la politique
et je t'aurais dit non. Je me souviens,
j'étais en vacances avec des amis
en juillet, je leur en avais parlé,
j'y avais réfléchi, finalement
en août, à mon retour j'avais
pris ma décision, j'acceptais de
rejoindre son équipe.»
Ce qui ne devait durer que le temps d'un
mandat tient toujours, treize ans plus tard.
De conseiller municipal, il est passé
à l'équipe d'Antonio De Michele,
puis chef du parti, puis chef de la majorité
à l'hôtel de ville, pour finalement
devenir maire en juillet 1997. Il aura été
le quatrième et dernier maire de
la défunte ville devenue l'arrondissement
d'Anjou.
En vertu de la loi 170, la ville a été
transformée en l'un des 27 arrondissements
dont est composée la nouvelle ville
de Montréal. «Les fusions,
j'ai toujours été contre,
je l'étais avant et je le suis encore.»
Le 4 novembre 2001, il est élu et
devient ainsi le premier président
de l'arrondissement.
«La politique ? J'ai déjà
beaucoup plus aimé cela. Je te dirais
que les deux ou trois dernières années
ont été un enfer avec la venue
des fusions. Je me souviens quand je suis
arrivé à Anjou, on avait des
projets lesquels, aujourd'hui, se réalisent.
Et tu vois que tout se fait comme tu l'avais
prévu... et tu penses que tu n'en
bénéficies pas, tu deviens
amer un peu.» Luis Miranda est
reconnu pour son franc-parler, «Je
suis un homme d'action, j'entreprends un
dossier avec l'intention de le voir se réaliser,
de le voir progresser, alors qu'aujourd'hui,
on ne réalise pas beaucoup depuis
l'arrivée des fusions.»
Il m'a expliqué que dans certains
dossiers, particulièrement celui
de la vente d'un terrain suivi d'un permis
de construction, ce qui lui demandait un
mois auparavant en demande maintenant six
! Tout cela à cause d'un lourd dédale
administratif.
Le président de l'arrondissement
n'a pas eu la vie facile au cours des dernières
années. D'esprit combatif, il n'a
jamais jeté la serviette. En 1996
il était diagnostiqué d'un
cancer. Là où d'autres auraient
été écrasés,
lui s'est battu.
La maladie
Pas plus de cinq minutes n'ont été
nécessaires pour que deux autres
camions s'amènent sur les lieux.
Un grand fouillis de tuyaux d'arrosage jonche
la rue. L'incendie roule ses mécaniques,
faisant rage dans un sourd grondement. L'homme
sue sous ses vêtements, il sort par
la porte centrale, la hache sur l'épaule,
il est déjà fatigué,
les poumons en feu, il cherche l'air frais.
Ses yeux laissent comprendre que c'est un
combat à mort qui se tient là.
Trois heures plus tard, avec quelques
autres sapeurs-pompiers, il fait encore
face au mur avant avec une lance d'incendie
à la main, ils tentent de refroidir
la matière. L'ennemi ne se laisse
pas vaincre facilement. Quelqu'un crie :
«Attention, le mur va s'écrouler
!»
L'homme relève la tête
et examine la façade de pierres,
il évalue sa hauteur à près
de douze mètres, si elle s'écroule,
pense-t-il, elle le fera sur une longueur
d'à peu près seize mètres.
«Quand le docteur te dit que tu
as le cancer, tu te dis: pas tout de suite...
Pas moi... Puis tu penses à tout
ce qui te reste à faire, tu penses
à ta famille. C'est comme un coup
de poing que tu reçois en plein front
!» Un beau matin, il s'est levé
avec une douleur au côté, il
a avalé deux Tylenol, assuré
que cela passerait. La douleur devenait
si vive qu'il en était à prendre
le médicament à toutes les
heures. Il s'est finalement rendu chez son
médecin pour apprendre, au bout de
quelques jours et de nombreux tests, qu'une
glande lymphatique cancéreuse s'était
logée entre sa peau et une de ses
côtes. «Qu'on le veuille ou
pas, le cancer c'est des cellules qui se
nourrissent de ce qu'il y a de plus près
d'elles. Si elles s'étaient logées
à l'intérieur de ma cage thoracique,
cela aurait pu se propager n'importe où
à l'intérieur de mon corps
et se terminer par un cancer généralisé.»
Il l'a échappé belle.
Au même moment où sa vie bascule,
il vit une séparation : «En
juin je me séparais et en juillet
on me diagnostiquait un cancer.»
Sur son lit d'hôpital, il tente de
tout sauver. «Bats-toi pour ta vie...»
lui avait dit le médecin, «...
ton mariage se sauvera tout seul s'il y
a lieu, ta vie est plus importante.»
Chimiothérapie : un an. Le genre
de cancer dont a été victime
Luis Miranda est du genre qui est reconnu
dans l'Ouest canadien comme étant
une maladie professionnelle. «En
faisant des recherches, on a réalisé
que le pompier est exposé à
la combustion chimique, on a qu'à
penser à un tapis, à la peinture,
aux matelas, en fait, tout ce qui brûle
possède ses émanations et
plusieurs d'entre elles sont chimiques...»
Ici, la chose n'est pas encore reconnue
comme telle.
Entre-temps après l'opération,
car on lui retire la côte attaquée
par le cancer, lui n'a jamais cessé
de travailler : «J'avais décidé
de me battre, j'avais mon avertisseur et
de mon lit d'hôpital, je passais mes
directives à l'Hôtel de ville...»
L'après maladie
Il examine les alentours et estime
qu'avec l'enchevêtrement de tuyaux
qui traînent par terre il n'aura jamais
le temps de se dégager avant que
le mur ne s'écroule. Il cherche un
trou où se cacher, il n'y en a pas.
Il veut faire son signe de croix, mais n'en
a pas le temps.
Au même instant, il comprend au
bruit perçu que seulement une partie
du mur s'est effondrée. Il n'apprendra
que plus tard qu'il a été
protégé par un nouvel équipement
qui avait été placé
là, juste au bon instant. Sous le
nuage de fumée il recherche ses compagnons,
il sait qu'il n'était pas seul. Tout
ce qu'il voit c'est un amas de pierres,
de débris et de matériaux
de toutes sortes. L'épaisse poussière
se dégageant, il entrevoit vaguement,
à quelques mètres de lui,
deux collègues en train d'extraire
quelque chose sous les débris. Il
s'en approche. Horreur! Il découvre
que c'est un des leurs, moins chanceux celui-là.
Qui est mort, tué par la chute du
mur. L'homme s'immobilise, serre les poings,
la rage au cur, de grosses larmes
roulent sur son visage noirci de suie....
Un an plus tard, il retourne au travail.
À cause de sa côte en moins,
on lui propose une retraite anticipée.
«Avec mes dix-sept diplômes,
j'aurais pu être instructeur, mais
j'ai préféré partir
avant la fin de mon terme.» Il
retourne à la politique. Jusqu'en
2000 tout va bien, puis il est question
de fusion et d'anti-fusion. On se souviendra
qu'il a été parmi les premiers
à s'insurger contre cette idée.
Aujourd'hui, il est conseiller associé
au développement économique
au comité exécutif de la nouvelle
ville de Montréal. Il est également
président de la commission permanente
du développement économique
et du centre des affaires. Il siège
au conseil de la Communauté métropolitaine
de Montréal (CMM) en plus de présider
la Commission de l'aménagement de
la CMM.
Au fil de l'entrevue, je l'ai senti amer,
face à cette nouvelle politique engendrée
par l'arrivée de la nouvelle ville,
«Aujourd'hui, je passe mon temps
à lire des documents et à
assister à des dizaines de réunions
à gauche et à droite. J'écoute
des gens qui rapportent les choses qu'ils
font. Ton intervention n'a pas beaucoup
d'impact. La fonction publique à
Montréal est très très
forte...»
Je l'ai questionné sur les prochaines
élections quant à savoir s'il
en serait ; il m'a répondu qu'il
ne pouvait pas prévoir. «Quand
je pense que cette année la nouvelle
ville de Montréal recevra 14 millions
$ de plus à cause d'Anjou...Non,
je ne sais pas si je serai des prochaines
élections.»
En conclusion
Bilan de la journée : les
hommes ont eu raison de l'incendie, mais
trois d'entre eux y ont laissé leur
vie.
Quelques heures plus tard, à
la caserne l'homme dort paisiblement, il
rêve...
... en sursaut, l'homme s'assied dans son
lit, son cur bat à tout rompre.
Quelques secondes lui sont nécessaires
pour réaliser que pour cette fois
ce n'est qu'un cauchemar ; soulagé
il se rendort, peut-être le réveillera-t-on
dans une heure, dans cinq minutes, qui sait,
l'ennemi peut montrer le bout de ses flammes
à tout instant !
Je vous lance en vrac ce que j'ai appris
au cours de notre conversation, car son
avertisseur n'avait de cesse de sonner,
on l'attendait pour un autre rendez-vous.
Ses enfants sont ce dont il est le plus
fier. Son film préféré
: Un homme d'exception; son passe-temps
: faire de la moto. Il a déjà
été en affaires puisqu'il
a possédé trois centres de
location de vidéocassettes. Il déteste
les rancuniers et ne changerait pas sa place
avec quiconque sur la terre. Il aimerait
vieillir en partageant son temps entre les
Açores et Anjou, trois mois à
un endroit, trois mois à l'autre...
À ma question : que changerais-tu
sur la terre si tu le pouvais, sa réponse
a été: «Je suis un
écolo, j'aimerais sauver la planète.
Sauver l'Amazonie, la jungle. On surexploite
la planète, c'est ce qui me fait
le plus peur.»
Nous avons quitté son bureau ensemble
; parvenus au stationnement extérieur,
on s'est laissés sur une poignée
de main. J'ai remarqué une citoyenne
de l'arrondissement qui était là,
attendant que l'on en ait terminé
pour se rapprocher de son président
d'arrondissement. Il s'est avancé
vers elle, la main tendue, il l'a appelée
par son nom, il était tout sourire.
Plus rien ne paraissait de ses douleurs
précédentes, il souriait,
heureux, mordant dans la vie, pendant que
son avertisseur sonnait pour lui rappeler
son prochain rendez-vous, il l'a fermé
une nouvelle fois, il s'est arrêté
et a porté toute son attention vers
cette Angevine qui avait des questions à
poser à son président.
Trop jeune pour la retraite, je l'imagine
mal dans trois ans, il n'aura alors que
cinquante-et-un ans, ne pas être des
prochaines élections municipales.
Je ne le vois pas céder sa place
à un autre sans batailler pour conserver
ses acquis. Il n'y a que lui pour décider.
Attendons, nous verrons bien quel sera le
choix du président...
N.d.l.r. Cette petite
histoire de la rue des Récollets
est véridique, effectivement trois
sapeurs pompiers y ont laissé la
vie. Luis Miranda était là,
juste au pied de la partie du mur qui ne
s'est pas effondrée.
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